Volume 15, No. 2 Abstracts / Résumés

Philip Rosen, Border Times and Geopolitical Frames

This paper discusses borders in relation to the bounding of space in film. It proposes a genealogy of the bounding of space in the film frame, arguing that the onset of classical narrative editing codes amounts to an impulse to dematerialize space and its boundaries. This may be compared to notions of the media and communications, even in politically critical accounts of the present, such as that of Hardt and Negri, which run the danger of dematerializing the concreteness of geopolitical space under an unthought rubric of media, communications, and spectacle. In this context, Chantal Akerman's From the Other Side (De l'autre coté), may be considered as an intervention, both in this filmic genealogy of the frame and as an attempt to re-imagine space and borders as material in our understandings of the present.


Cet article associe l’idée de la frontière à l’opération du bornage de l’espace au cinéma. Il propose une généalogie du bornage de l’espace par le cadrage cinématographique qui démontre que les codes du montage narratif classique traduisent un désir de dématérialiser l’espace et ses frontières. Un processus semblable s’applique aux notions de communication et de média, même dans les commentaires politiques critiques de Hardt et Negri, qui risquent toujours de dematérialiser l’espace géopolitique concret par l’adoption irréfléchie des concepts de « média », « communication » et « spectacle ». Dans ce contexte, "From the Other Side (De l'autre coté)" de Chantal Akerman représente une intervention au coeur de cette généalogie du cadrage qui vise à ré-imaginer la matérialisation de l’espace et des frontières au sein de notre compréhension du présent.


Kristy A. Holmes-Moss, Negotiating the Nation: “Expanding” the Work of Joyce Wieland

The ways Joyce Wieland’s work has been constructed within the dominant narrative of Canadian art history and film studies have inhibited larger considerations of its historical, political and cultural contexts. Gene Youngblood’s concept of expanded cinema helps to locate Wieland’s work within the milieu of the synesthetic as it developed in the 1960s. Moreover, Wieland’s engagement with a particular nexus of nationalist ideologies at a time of developing second wave feminism figures significantly in the ways she symbolically re-articulated the Canadian nation, notions of citizenship, and sexual difference.


La façon dont l’œuvre de Joyce Wieland a été conceptualisée par le discours dominant sur l’art et le cinéma canadiens empêche un questionnement plus large de son rôle historique, politique et culturel. Cet article démontre, d’une part, que la notion de « cinéma élargi» de Gene Youngblood permet de situer le travail de Wieland à l’intérieur du mouvement de synesthésie artistique des années 1960. D’autre part, nous situons Wieland à l’intersection de la seconde vague féministe et des idéologies nationalistes qui émergent à la même époque pour élucider son articulation symbolique de la nation canadienne, des notions de citoyenneté et des différences sexuelles.


Lawrence Howe, The Epistemology of Adaptation in John Greyson’s Lilies

In his cinematic adaptation of Michel Marc Bouchard’s play Les Feluettes, John Greyson deploys an innovative mise en scène to maximize the opportunities to address both the targets of Bouchard’s criticism and the epistemological conflicts within the narrative. Although the film’s technique overcomes formal boundaries that restrict the play, the film must finally resort to conventional techniques to resolve the narrative conflicts. Greyson turns this seeming structural shortcoming to his advantage by expanding the film’s intertextuality to include elements of radical gay theatre and Stephen Leacock’s Sunshine Sketches of a Little Town. The effect of this jarring combination is a critique of heteronormativity that has escaped critical consideration.


John Greyson, dans son adaptation cinématographique de la pièce Les Feluettes de Michel Marc Bouchard, emploie une mise en scène novatrice pour aborder le discours dénonciateur de Bouchard et les conflits épistémologiques du drame. L’approche empruntée par Greyson réussit à dépasser le cadre limité de la pièce,  mais se heurte souvent à des contradictions narratives qui ne peuvent être résolues que par l’utilisation de techniques conventionnelles. Greyson tire avantage de ce recours aux conventions  en mettant l’emphase sur l’intertextualité du film, qui amalgame les pratiques radicales du théâtre gai et l’œuvre nostalgique de Stephen Leacock, Sunshine Sketches of a Little Town. Il résulte de cette combinaison frappante une analyse de l’hétéro-normativité qui a échappé à la majorité des critiques.


Marc Raymond, The Multiplicity of Generic Discourses and the Meaning and Pleasure of Mean Streets

Unlike most critical readings of Martin Scorsese’s Mean Streets, which have concentrated on its ethnic (Italian-American) and/or its religious (Catholic) elements, this essay places the film in the context of the New Hollywood of its time and emphasizes its social dimensions and the pleasure offered by its transgeneric qualities.


Au contraire de la majorité des analyses du film Mean Streets de Martin Scorsese, qui se concentre sur le caractère ethnique (italo-américain) et religieux (catholique) du discours, cet article situe le film dans le contexte du « New Hollywood » du début des années 1970 et considère ses dimensions sociales ainsi que le plaisir qu’offre sa forme trans-générique.


Dominique Russell, Sounds Like Horror: Alejandro Amenábar’s Thesis on Audio-Visual Violence

A close analysis of the soundtrack of Alejandro Amenábar’s Tesis shows how it functions in relation to the conventions of the horror genre and male and female spectatorship. Despite an oscillation between tradition and innovation, Tesis ultimately reasserts a conventional and rather rigid view of both gender and the hierarchy of sound and image.       


Une analyse rigoureuse de la trame sonore de Tesis d’Alejandro Amenádar dévoile le fonctionnement du film à l’intérieur des conventions du cinéma d’horreur et élucide son interpellation des spectateurs féminins et masculins. Malgré certains éléments novateurs, Tesis  maintient une division rigide entre les sexes et réaffirme la hiérarchie traditionnelle entre l’image et le son.


Paul Salmon, “The People Will Think...What I Tell Them to Think”: Orson Welles and the Trailer for Citizen Kane

The trailer for Citizen Kane is now impossible to appreciate outside of a context shaped by decades of Welles scholarship and by the entrenched canonical status of Citizen Kane itself. Yet, it warrants sustained attention in its own right. The highly manipulative nature of its rhetorical strategies suggest the importance that Welles placed on courting a wide, popular audience on the eve of unveiling the most technically and formally advanced film in Hollywood history. A close analysis of the trailer suggests that Welles was deeply ambivalent about how far to risk alienating a mass audience, and equally ambivalent about the role of collaboration in the artistic enterprise.


Bien qu’il soit devenu presque impossible de considérer la bande annonce de Citizen Kane hors du discours critique qui entoure le film et de son statut de chef-d’œuvre ultime du cinéma américain, il demeure important de l’examiner en détail pour comprendre ses stratégies rhétoriques manipulatrices.  Une lecture attentive de la bande annonce démontre que Welles souhaitait rejoindre un large public, qu’il ne voulait pas risquer d’aliéner les foules et était ambivalent au sujet du caractère collectif de cette entreprise artistique.