CANADIAN JOURNAL OF FILM STUDIES /
REVUE CANADIENNE D'ÉTUDES CINÉMATOGRAPHIQUES
Volume 18, No. 1 Abstracts / Résumés
Daisuke Miyao, From Doppelganger to Monster: Kitano Takeshi’s Takeshis’
In Kitano Takeshi’s twelfth film, Takeshis’ (2005), renowned queer singer/actor Miwa Akihiro describes TV/movie superstar Beat Takeshi as a monster. Beat Takeshi is filmmaker Kitano Takeshi’s other public personality. What is the implication of this reference to a monster diegetically and non-diegetically? If Beat Takeshi and/or Kitano Takeshi are depicted as a monster in the film, what kind of monster is it and what is its significance? The Latin origin of the term monster is monstrum, which means “symptom” or “warning.” If so, what kind of symptom or warning can we detect in Takeshis’? Closely examining the visual details of Takeshis’, especially the way in which the film represents the schizophrenic/multiple personality disorder of Beat Takeshi/Kitano Takeshi, this paper argues that Takeshis’ should be read as a symptom or warning of the cultural and technological contexts of multiple identities in the digital era.
Dans le douzième film de Kitano Takeshi, Takeshis’ (2005), le célèbre chanteur/acteur queer Miwa Akihiro qualifie de monstre la grande vedette de télévision et de cinéma Beat Takeshi, alter ego du cinéaste Kitano Takeshi. Comment doit-on interpréter cette référence au monstre, tant au niveau diégétique que non-diégétique ? Si Beat Takeshi ou Kitano Takeshi sont qualifiés de monstre dans ce film, de quel genre de monstre s’agit-il, et quelle en est la signification ? L'origine latine du terme « monstre », « monstrum », signifie « symptôme » ou « avertissement ». Quels symptômes ou avertissements pouvons-nous détecter dans Takeshis’ ? Procédant d’une analyse approfondie des détails visuels de Takeshis’, et plus particulièrement de la représentation du désordre schizophrène de Beat Takeshi/Kitano Takeshi, cet article propose une interprétation faisant de Takeshis’ un symptôme de l’identité multiple des contextes culturels et technologiques de l'ère numérique.
Aaron Gerow, The Homelessness of Style and the Problems of Studying Miike Takashi
Most accounts of Miike Takashi’s film style attempt to locate it either in the realm of excess or in a deep outrage against Japanese society. By focusing on his use of the long take alongside the fast editing and comic-book-like stylistics usually seen as “typical” of his cinema, this paper argues instead for a “homeless” quality in Miike’s filmmaking. This homeless quality is apparent in his stories of nomadic characters lacking a home and clear identity in a globalized world, and also in the shifts of style that complicate any attempt to locate his cinematic politics or his representations of the nation. Miike’s cinema raises fundamental questions for those studying popular cinema and the politics of Japanese film style.
Les études critiques consacrées au cinéaste Miike Takashi se concentrent généralement sur le caractère outrancier de l’œuvre de ce dernier, de même que sur sa profonde indignation envers la société japonaise. En s’attardant sur l’usage récurrent fait par Miike du plan-séquence, du montage rapide, ainsi que d’une facture visuelle inspirée de la bande dessinée, cet article vise plutôt à faire ressortir le caractère « itinérant » de l’œuvre du cinéaste, dans laquelle abondent les personnages sans foyer et sans identité claire errant dans un environnement marqué par la mondialisation. L’itinérance s’inscrit également dans les multiples changements de ton et de style rendant les préoccupations nationalistes et les dimensions politiques de l’œuvre de Miike difficiles à circonscrire. Le travail du cinéaste soulève ainsi des questions fondamentales dans l’étude du cinéma populaire, de même que dans celle des dimensions politiques du cinéma japonais.
William Gardner , The Cyber Sublime and the Virtual Mirror: Information and Media in the Works of Oshii Mamoru and Kon Satoshi
This essay explores the representative strategies and philosophical orientations elaborated in the anime works of Oshii Mamoru and Kon Satoshi with regard to the impact of information and media technology on human societies. In the analysis of Oshii’s works Ghost in the Shell and Innocence, the essay argues that the development of a Cyber Sublime aesthetic is predicated on a hierarchical universe and dreams of transcendence. Kon‘s films such as Perfect Blue, Millennium Actress, and Paprika, on the other hand, are shown to pursue a very different representative strategy, which is identified as the Virtual Mirror. In these works, everyday reality is permeated by mirror-like portals into spaces of alternate identity and intersubjective play—spaces which are non-hierarchical and, in contrast to Oshii’s vision, suggest an immanent view of the universe.
L’influence des médias et de l’informatique sur les sociétés humaines constitue un des principaux thèmes façonnant les stratégies visuelles et les orientations philosophiques des animes de Oshii Mamoru et Kon Satoshi. L'analyse des Ghost in the Shell et Innocence d’Oshii révèle ainsi que le développement d'une esthétique du sublime cybernétique se trouve simultanément fondé sur un univers hiérarchique et animé par un rêve de transcendance. L’étude des films de Kon, tels Perfect Blue, Millennium Actress et Paprika, dévoile quant à elle une approche très différente des questions de représentation : celle du « miroir virtuel ». Dans ces œuvres, la réalité quotidienne est saturée de portails ressemblant à des miroirs, et menant à des lieux identitaires alternatifs où l’on se prête à des jeux intersubjectifs ; des espaces non-hiérarchiques qui, contrairement à la vision d'Oshii, suggèrent une vue immanente de l'univers.
Mitsuyo Wada-Marciano, Capturing “Authenticity”: Digital Aesthetics in the Post-Studio Japanese Cinema
A new filmic style, the feature film that uses documentary technique as its primary mode of expression, has appeared in the contemporary Japanese cinema. At the level of production, the influence of digital technology is most apparent in the increased use of digital cameras in filmmaking, which has resulted in a blurring of boundaries between film and video, fiction and documentary. Eschewing the cost of filming on sets, this method of filmmaking emphasizes shooting in Japanese locales and representing the contemporary experiences of ordinary people, and yet it also shares aesthetic similarities with other national cinemas created under parallel industrial conditions. This essay examines a style of “authenticity” in contemporary Japanese fiction and documentary films, especially the personal documentary. Three films are at the center of my discussion: Dare mo shiranai/Nobody Knows (Kore’eda Hirokazu, 2004); Tarachime (Kawase Naomi, 2006), and Atarashii kamisama/The New God (Tsuchiya Yutaka, 1999). Drawing upon the documentary tradition, these films highlight the stylistic merging of fiction and documentary, and express a sense of unstable actuality by playing with digital aesthetics and the idea of “authenticity.”
En diminuant les coûts de production et en ouvrant de nouvelles possibilités de tournage en lieux réels, les technologies numériques ont favorisé l’émergence d’un nouveau genre dans le cinéma japonais contemporain : le long métrage de fiction s’appropriant la technique et les ressources expressives du documentaire. Comme ce fut également le cas dans plusieurs autres cinémas nationaux évoluant dans des contextes industriels semblables, cette irruption du quotidien à l’écran entraîna une remise en question des frontières séparant film et vidéo, fiction et documentaire. Cet essai se penche sur une certaine esthétique de « l’authenticité » s’étant développée dans le cinéma de fiction et le documentaire japonais, et plus particulièrement dans le documentaire personnel. Trois films se retrouvent au centre de cette discussion : Dare mo shiranai/Personne ne sait (Kore’eda Hirokazu, 2004); Tarachime (Kawase Naomi, 2006), et Atarashii kamisama/Nouveau dieu (Tsuchiya Yutaka, 1999). Alliant tradition documentaire et fiction, ces œuvres communiquent l’instabilité du réel par le biais de l'esthétique numérique et du concept « d’authenticité ».