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Héros et Héroïnes ordinaires: micro et macro-résistances dans les films de fiction après 2001

(Conférence, Queen’s University, Kingston, Canada, 22 et 23 octobre 2022)

 

A hero is an ordinary individual who finds the strength to persevere and endure in spite of overwhelming obstacles.

CHRISTOPHER REEVE

 

 

Cette conférence internationale bilingue (français-anglais) a pour objectif d’examiner de façon critique les micro/macro-résistances des héros et héroïnes ordinaires sur grand écran quand ceux-ci font face à des évènements (fictionnels ou non) remettant en question leur relation à leur quotidien et leur environnement.

Le terme « héro » dérive du grec ancien hếrôs (« chef de guerre ») et du latin classique heros (« demi-dieu »). Comme l’indiquent les textes fondateurs d’Homère (L’Iliade) et de Virgile (L’Énéide), les individus héroïques se distinguent de leurs pairs soit par leurs qualités exceptionnelles, tels un mérite et un courage supérieurs, soit par leur nature quasi divine, fruit des amours entre un dieu/une déesse et un.e mortel.le. Comme le montrent Franco et al. (2016), la figure du héros, mais aussi les études portant sur ce dernier, ont beaucoup évolué ces dernières années. Par exemple, Becker et Eagly (2004) décrivent le héros ou l’héroïne comme un individu prenant des risques physiques dans le but de protéger une ou plusieurs personnes. Pour Koben (2013), le héros et l’héroïne sont à comprendre comme des personnes à la croisée de « l’héroïsme physique » et de l’héroïsme social : il s’agit d’individus qui prennent conscience de leur mortalité et qui, au service d’un principe, prennent des risques sérieux et/ou parviennent à surmonter des épreuves importantes. Franco et Zimbardo (2006), quant à eux, soulignent que le héros n’est plus nécessairement originaire d’une élite, mais que, au contraire, ses actes sont devenus banals (« the banality of heroism »).

Il semblerait alors que le concept d’héroïsme ordinaire repose sur une tension fondamentale : les héros et héroïnes sont devenus banals et exceptionnels à la fois, ancrés dans une réalité sociale qu’ils incarnent et dépassent. Par exemple, les membres du corps médical qui, durant les premières vagues de la COVID-19, s’acquittent de leurs tâches dans un contexte inédit et dangereux, sont des héros tandis qu’à son décès, Jean-Paul Belmondo, l’une des stars du cinéma français, est décrit comme « un héros à l’apparence de M. Tout-le-monde » (Frodon 2021). Le superhéros qu’a contribué à populariser le cinéma hollywoodien n’a certainement pas perdu de son importance et de son attrait (pour preuve, le succès de la franchise Marvel Cinematic Universe) mais celui-ci coexiste désormais avec des confrères et des consœurs nettement plus discrets, mais tout aussi porteurs de sens (personnel, philosophique, politique, idéologique). 

Dans quels univers cinématographiques les héros et les héroïnes ordinaires évoluent-ils ? Y a-t-il des liens entre les héros ordinaires et les genres cinématographiques ? Quels sont les obstacles qu’ils doivent surmonter au sein de diégèses plus réalistes que celles des films de super-héros ? Comment ces individus héroïques se situent-ils vis-à-vis du collectif et du systémique ? Comment les héros ordinaires tentent-ils de dépasser leur condition et de surmonter des obstacles de nature personnelle (maladie etc.), systémique (précarité économique, discriminations etc.), historique (guerres, conflits etc.) ? Quelles sont les résistances (micro et macro) que ces personnages ont à leur disposition ? 

Faisant face à des situations personnelles ou collectives exceptionnelles, poussant les protagonistes à transgresser et sortir de leur condition de détresse, d’oppression et d’aliénation parfois extrême, les protagonistes cherchent à déployer les moyens adéquats afin de surpasser les obstacles que le récit leur présente : dans le contexte de films réalistes, quelles sont les résistances possibles face à l’adversité, cette dernière pouvant être incarnée par 1) une idéologie (le racisme, l’homophobie, le sexisme, le capacitisme, l’âgisme, etc.), 2) un système économique (le néolibéralisme, le communisme ou autres), 3) une crise politique majeure (un conflit, une guerre, une élection dystopique), ou 4) un cataclysme naturel (un tremblement de terre) ? Comment un personnage peut-il survivre, résister et se rebeller contre ce qui lui est présenté sans valider, par sa bravoure et sa détermination, ce qui l’opprime : par exemple, comment la protagoniste de Louise Wimmer (Mennegun, 2011) vivant dans sa voiture et cherchant désespérément un logement, peut-elle arriver à ses fins grâce à sa force morale et sa résilience sans justifier le système économique l’ayant transformée par la force des choses en héroïne ordinaire ? Comment les individus subissant le colonialisme et ses multiples effets délétères parviennent-il à résister par de grandes et petites actions sans être réduits au silence et sans se contenter de rôles de figurants comme dans The Mission (R. Joffé, 1986) ? Mais aussi comment le cinéma lui-même (de par son esthétique, ses moyens de production accessibles, l’éthique des cinéastes) peut-il constituer un outil de résistance pour des cultures minoritaires (telles la culture latinx, québécoise ou et autochtone) ?

Nous ne cherchons pas ici à glorifier davantage la bravoure et l’individualisme, important aussi bien dans la psychologie et les actions du héros traditionnel que dans les sociétés néolibérales, mais au contraire à souligner certains paradoxes, tensions et contradictions inhérents à l’héroïsme ordinaire au sein de fictions cinématographiques contemporaines après 2001. Si nous nous intéressons particulièrement ici au contexte francophone, nous acceptons des propositions touchant à d’autres cinématographies et à des contextes nationaux divers sans oublier tous types de diversité.     

Certains des thèmes et des films pouvant faire l’objet d’une présentation sont les suivants:

  • Précarité économique (Louise Wimmer, C. Mennegun, 2012; Deux jours, une nuit, (J-P et L. Dardenne, 2014);
  • Maladies (120 battements par minute, R. Campillo, 2017; Amour, M. Haneke, 2012).  
  • Cataclysmes et apocalypse (Les Fils de l’homme/Children of Men, A. Cuaron, 2006 The Road / La Route, J. Hillcoat, 2009). 
  • Catastrophes naturelles (The Impossible, J. Bayona, 2012; Snow Therapy / Force Majeure, R. Östlund 2015). 
  • Attentats (L’Attentat, Z. Doueiri, 2012; 11 septembre, 9/11, M. Guigui, 2017). 
  • Épidémies (Blindness, F. Meirelles, 2008; Contagion, S. Soderberg, 2011; Dernier Train pour Busan/Train to Busan, Sang-Ho Yeon, 2016; Blood Quantum, J. Barnaby, 2020).
  • Invasions (A Quiet Place/Sans un bruit, J. Krasinski, 2018; District 9, N. Blomkamp, 2009)
  • Deuil et trauma personnel (17 fois Cécile Cassart, C. Honoré, 2002; Frantz, F. Ozon, 2016; Incendies, D. Villeneuve, 2010, Wild, J-M Vallée, 2014, The Tree of Life T. Malick, 2011; Persépolis (Marjane Satrapi, 2007).   
  • Colonialisme (Rhymes for Young Ghouls, J. Barnaby, 2013; Rustic Oracle, S. Bonspille Boileau, 2019; La Rivière sans repos, M-H Cousineau et M. Ivalu, 2019; Before Tomorrow, M-H Cousineau et M. Ivalu, 2008; Moolaade, O. Sembene, 2004; Beans, T. Deer, 2020). 
  • Cultures minoritaires et intégration (L’Ange de Goudron, D. Chouinard, 2001; Monsieur Lazhar, P. Falardeau, 2011; Avant les rues, C. Leriche, 2016; Le N**, R. Morin, 2002; Le Marais, K. N’guyen, 2002). 

 

Les propositions en anglais ou français doivent inclure un titre, une brève biographie ainsi qu’un résumé d’un maximum de 500 mots. Le résumé doit identifier un corpus et se situer dans la continuité des axes ou sujets suggérés. Les propositions doivent être envoyées à Karine Bertrand (kb162@queensu.ca), Florian Grandena (florian.grandena@uottawa.ca) et Mercédès Baillargeon (baillarg@umd.edu) d’ici le 15 janvier 2022.

La conférence s’appuiera sur un modèle bimodal afin d’accommoder celles et ceux ne pouvant se rendre au campus de Queen’s University (Kingston, Canada). Les participants devront s’acquitter de frais d’inscription de 75$ (pour celles et ceux participant via Zoom) et de 150$ (pour celles et ceux intervenant en présentiel) avant le 1er juin 2022. Les frais d’inscription sont destinés au financement de la conférence, la location des locaux et du matériel technologique.

 

Comité d’organisation (groupe de recherche EPIC).

Mercédès Baillargeon, Professeur agrégée, University of Maryland (États-Unis)
Karine Bertrand, Professeur agrégée, Queen’s University (Canada).
Florian Grandena, Professeur agrégé, Université d’Ottawa (Canada).
Claire Gray, Doctorante, University of Edinburgh (Grande Bretagne).
Pierre-Luc Landry, Professeur adjoint, University of Victoria (Canada).
Dina Salha, Professeur adjoint, Université d’Ottawa (Canada).

 


 

Everyday Heroes and Heroines: Micro and Macro-Resistances in Post-2001 Feature Films

Conference to be held at Queen’s University, Kingston, Ontario, Canada, October 22-23, 2022

 

A hero is an ordinary individual who finds the strength to persevere and endure in spite of overwhelming obstacles.

CHRISTOPHER REEVE

 

This international and bilingual (in both French and English) conference aims to critically examine the micro/macro-resistance of ordinary cinematic heroes and heroines when they face events (fictional or not) that call into question their relationship to their daily lives and their environment.

The term “hero” derives from the ancient Greek hếrôs (“warlord”) and from the classical Latin heroes (“demigod”), as indicated by the foundational texts of Homer (The Iliad) and Virgil (The Aeneid). In both cases, individuals possess positive qualities that distinguish them from their peers, such as superior merit and courage, or an almost divine person, the fruit of the loves between a god/goddess and a mortal. As indicated by Franco et al. (2016), the figure of the hero has considerably evolved in recent years. For exaple, Becker and Eagly (2004) describe the hero or heroine as an individual taking physical risks in order to protect one or more people. For Koben (2013), the hero and the heroine are to be understood as people at the crossroads of “physical heroism” and social heroism: they are individuals who become aware of their mortality and who, in the service of a principle, take serious risks and/or manage to overcome important tests.Franco and Zimbardo (2006), for their part, point out that the hero is no longer necessarily from an elite. Rather, heroic acts have become banal (“the banality of heroism”).

Therefore, it seems that the concept of ordinary heroism relies on a fundamental tension: heroes have become both ordinary and exceptional yet they are anchored in a social reality that they also transcend. For example, during the first waves of COVID-19, members of the medical profession carried out their tasks in an unprecedented and dangerous context and are widely considered to be heroes. In the same way, Jean-Paul Belmondo, a well-known star of French cinema, was described right after his death as “a hero in the appearance of Mr. Everybody” (Frodo 2021). The Hollywood superhero has certainly not lost its cultural importance and its appeal (for proof, see the success of the Marvel Cinematic Universe franchise) but it coexists with protagonists which are much more discreet, but that carrier of diverse meanings (personal, philosophical, political, ideological).

It is thus the ordinary heroes and heroines that interest us – especially their various representations and expressions in contemporary post-2001 non-Hollywood cinema. In what cinematic universes do they evolve? Are there any connections between ordinary heroes and cinematic genres? What obstacles do they face on screen that are more realistic than those in superhero movies? How do these heroic individuals position themselves vis-à-vis the collective and the systemic? How do ordinary heroes try to overcome their conditions as well as obstacles of a personal (illness, etc.), systemic (economic precariousness, discrimination etc.) or historical (wars, conflicts etc.) nature?

Confronted with exceptional personal or collective situations, protagonists within these works transgress and escape their condition of distress, oppression and sometimes extreme alienation. They seek to deploy the appropriate means in order to overcome the obstacles presented to them by the story. In the context of realist films, whose heroes are not “extraordinary,” what are the possible resistances in the face of adversity? This adversity is embodied by either 1) an ideology (racism, homophobia, sexism, ableism, ageism, etc.), 2) an economic system (neoliberalism, communism or other), 3) a major political crisis (a conflict, a war, a dystopian election), or 4) a natural cataclysm (an earthquake). How can a character survive, resist and rebel against what is presented to him by force without validating (through his bravery and determination) what oppresses him? For example, how can the protagonist of Louise Wimmer (Mennegun, 2012), a woman living in her car and desperately seeking accommodation, achieve her ends thanks to her moral strength and resilience without justifying the economic system that transformed her by necessity into an ordinary heroine? How do individuals and communities facing colonialism and its multiple effects manage to resist through large and small actions without being silenced and without contenting themselves with minor roles or depictions, as it is the case in the movie The Mission (R. Joffé, 1986)? Finally, how can cinema itself (through its aesthetics, the means of production now accessible, the ethics of filmmakers) constitute a tool of resistance for minority cultures (such as Latin, Quebec and Indigenous cultures, disabled and queer, to name but a few)?

We do not seek here to further glorify bravery and individualism, important in the psychology and the actions of the traditional hero and the neoliberal societies. On the contrary, we mean to underline the paradoxes, the tensions, and the contradictions inherent to “ordinary” heroism within post-2001 contemporary fictional cinema. This conference is particularly interested in the French-speaking context, but we accept proposals concerning other film landscapes and various national contexts, including all types of diversity without any exception.

Some of the themes and films that can be presented are:

  • Economic insecurity: Louise Wimmer (dir. Cyril Mennegun, 2012); Deux jours, une nuit (dir. J-P and L. Dardenne, 2014).
  • Diseases: 120 Beats Per Minute (dir. Robin Campillo, 2017); Amour (dir. Michael Haneke, 2012).
  • Cataclysms and the Apocalypse: Children of Men (dir. Alfonso Cuaron, 2006), The Road (dir. John Hillcoat, 2009).
  • Natural disasters: The Impossible (dir. J. A. Bayona, 2012); Force Majeure (dir. Ruben Östlund 2015).
  • Attacks: The Attack (dir. Ziad Doueiri, 2012); 9/11 (dir. Martin Guigui, 2017).
  • Epidemics: Blindness (dir. Fernando Meirelles, 2008); Contagion (dir. Stephen Soderberg, 2011); Last Train for Busan (dir. Sang-Ho Yeon, 2016); Blood Quantum (dir. Jeff Barnaby, 2020).
  • Invasions: A Quiet Place (dir. John Krasinski, 2018); District 9 (dir. Neill Blomkamp, ​​2009).
  • Mourning and personal trauma: Seventeen Times Cécile Cassart (dir. Christophe Honoré, 2002); Frantz (dir. François Ozon, 2016); Incendies (dir. Denis Villeneuve, 2010); Wild (dir. Jean-Marc Vallée, 2014); The Tree of Life (dir. Terrance Malick, 2011); Persepolis (dir. Marjane Satrapi, 2007).
  • Colonialism: Rhymes for Young Ghouls (dir. Jeff Barnaby, 2013); Rustic Oracle (dir. Sonia Bonspille Boileau, 2019); La Rivière sans repos (dir. Marie-Hélène Cousineau and Madeleine Ivalu, 2019); Before Tomorrow (dir. Marie-Hélène Cousineau and Madeleine Ivalu, 2008); Moolaade (dir. Ousmane Sembene, 2004); Beans (dir. Tracey Deer, 2020).
  • Minority cultures and integration: L’Ange de Goudron (dir. Denis Chouinard, 2001); Monsieur Lazhar (dir. Philippe Falardeau., 2011); Before The Streets, (dir. Chloé Leriche, 2016); Le N ** (dir. Robert Morin, 2002); Le Marais (dir. Kim N’guyen, 2002).

 

The submissions in English or in French must include a title, a brief biography as well as an abstract of a maximum of 500 words. The abstract must delineate a corpus and put forward a thesis following one the angles or subjects suggested. The submissions can be sent to Prof. Karine Bertrand (kb162@queensu.ca), Prof. Florian Grandena (florian.grandena@uottawa.ca) and Prof. Mercédès Baillargeon (baillarg@umd.edu) by January 15, 2022.

The conference will likely be held following a bimodal mode, to accommodate participants who cannot join us. Fees of $75.00 (for those joining us via zoom) and of $150.00 (for participants present in Kingston) will be asked, to be paid before June 1, 2022. These fees will help us pay for conference organization, space and technology.

 

Bibliography

Franco, S. Allison, E. Kinsella, A. Kohen and M. Langdon (2016), “Heroism Research: A Review of Theories, Methods, Challenges, and Trends”.

Becker, S. W., & Eagly, A. H. (2004). The heroism of women and men. American Psychologist, 59 (3), 163-178.

Franco, Z., & Zimbardo, P. (2006). The Banality of Heroism. Greater Good, Fall / Winter, 30-35.

 

Organising committee (EPIC research group) 

Mercédès Baillargeon, Associate Professor, University of Maryland (United States).
Karine Bertrand, Associate Professor, Queen’s University (Canada).
Florian Grandena, Associate Professor, University of Ottawa Canada).
Claire Gray, PhD Candidate, University of Edinburgh (United Kingdom).
Pierre-Luc Landry, Assistant Professor, University of Victoria (Canada).
Dina Salha, Assistant Professor, University of Ottawa, (Canada).

 

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